Or De Vie projection quatrième projection du 28/11/25

Le film documentaire réalisé par Boubacar Sangaré, cinéaste d’origine malienne et burkinabè, sorti en février 2023, propose une immersion saisissante dans l’univers de l’orpaillage artisanal au Burkina Faso, plus précisément sur le site de Bantara. L’œuvre suit le parcours de Rasmané, un adolescent de 16 ans, qui descend quotidiennement à plus de 100 mètres de profondeur dans des galeries souterraines afin d’extraire de l’or. À travers son regard, le film donne à voir un monde rude et dangereux, marqué par la peur permanente des accidents, mais également par l’espoir d’une émancipation économique et sociale,ainsi que par des formes d’entraide et de solidarité qui tissent des liens profonds entre les orpailleurs. Cette immersion cinématographique condense ainsi près de trois années de vie et d’observation en un récit filmique d’une centaine de minutes.

Le réalisateur entretient un lien personnel fort avec le sujet traité. Il explique avoir lui-même expérimenté l’orpaillage à l’âge de 13 ans, lorsqu’il s’y est rendu pendant un mois avec son frère, durant les vacances d’été, à l’instar de nombreux camarades de son village. Cette expérience vécue confère au film une authenticité particulière et permet d’éviter une approche uniquement extérieure ou moralisatrice. L’orpaillage y est présenté dans toute son ambiguïté : s’il expose les mineurs à des risques majeurs, il constitue également une activité choisie par certains jeunes, perçue comme une tentative légitime d’amélioration des conditions de vie, plutôt que comme une simple exploitation infantile.

Le documentaire met en lumière l’importance économique majeure de l’orpaillage, puisqu’environ un Burkinabè sur huit en dépend directement ou indirectement. Autour de cette activité se développe une véritable ville informelle, structurée par une économie spécifique. Les orpailleurs sont organisés en groupes : un financeur prend en charge le creusement de la galerie et l’achat du matériel, et la nourriture des orpailleurs tandis que les travailleurs descendent à plusieurs dizaines de mètres pour extraire le minerai. En cas de découverte d’or, une moitié revient au financeur et l’autre est partagée entre les orpailleurs. À ces acteurs s’ajoutent d’autres figures essentielles : les marabouts, qui confectionnent des talismans censés apporter protection et chance ; des femmes impliquées dans la vente, la restauration ou la prostitution ; ainsi que des vendeurs de drogues et de médicaments, principalement du cannabis.

Le film aborde également l’imaginaire symbolique de l’or, perçu comme une matière pure, capable de protéger et d’enrichir, nourrissant ainsi les rêves et les prises de risque des orpailleurs. Les conditions de vie sur le site sont précaires : les habitations, construites en paille ou avec des matériaux peu résistants, sont vulnérables aux incendies fréquents, notamment liés aux explosions de bouteilles de gaz. Si les dégâts sont souvent matériels, l’insécurité reste omniprésente.

De plus, le tournage s’est avéré particulièrement éprouvant en raison de la chaleur extrême, de l’humidité constante régnant dans les galeries et des contraintes techniques qui en résultent. Afin de rendre perceptibles les conditions de travail en milieu souterrain et de produire des images exploitables, les caméramans ont accompagné les orpailleurs en profondeur, protégeant systématiquement le matériel par l’usage de sacs hermétiques.

Enfin, le débat avec le réalisateur a permis d’élargir la réflexion à d’autres enjeux majeurs : les tensions entre pouvoir formel et organisation informelle, les conflits entre populations autochtones et orpailleurs,notamment autour de sites sacrés tels que les cimetières, que ces derniers peuvent parfois creuser en raison de la présence supposée ou avérée d’or, suscitant de vifs conflits d’ordre culturel, social et symbolique. Ainsi que l’impact environnemental considérable de l’orpaillage, marqué par la déforestation de zones agricoles (notamment les champs d’anacardiers) et l’utilisation de substances toxiques telles que le mercure et le cyanure. Ce documentaire, enrichi par l’échange avec son réalisateur, constitue ainsi un outil précieux de compréhension des réalités sociales, économiques et environnementales liées à l’orpaillage artisanal au Burkina Faso.